Lancer un projet de solaire participatif dans sa commune est l'une des aventures les plus gratifiantes que j'ai connues : on rassemble des habitants, des entreprises locales et des acteurs publics autour d'un objectif concret — produire de l'énergie propre et partagée. Ici je vous propose une méthode pragmatique, axée sur la création du projet et sur le financement de la première tranche sans recourir à des subventions. C’est parfaitement réalisable lorsqu’on combine bonne structuration juridique, mobilisation citoyenne et solutions de financement adaptées.
Pourquoi viser une première tranche sans subventions ?
Partir sans subventions présente plusieurs avantages : plus d'autonomie, un calendrier plus rapide (pas d'attente d'appels à projets), et surtout la preuve par l'exemple. Une première réalisation rentable attire ensuite partenaires publics et privés pour les phases suivantes. J'ai constaté que la démonstration d'un projet viable est souvent l'argument le plus convaincant pour lever des aides ou des participations supplémentaires.
Étapes clés pour créer le projet
- 1. Identifier un gisement solaire — toitures publiques (écoles, gymnases, hôtels de ville), toitures privées (entreprises, commerçants), parkings (ombrières). Vérifiez l'orientation, l'ombrage et l'accès électrique.
- 2. Faire une pré-étude technique et économique — puissance installable (kWc), production annuelle estimée (kWh), coût indicatif, revenus potentiels (vente d'électricité, autoconsommation), rentabilité simple.
- 3. Choisir une structure juridique — SCIC, SAS, SARL, ou association selon vos objectifs. Pour un projet participatif, la SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif) est souvent privilégiée : elle permet d’associer citoyens, collectivités et acteurs économiques avec une gouvernance démocratique.
- 4. Construire le modèle économique — vendre l’électricité au réseau, pratiquer l’autoconsommation collective locale, ou signer des contrats PPA (Power Purchase Agreement) avec des consommateurs locaux (écoles, bailleurs sociaux).
- 5. Mobiliser la collectivité et les propriétaires — obtenir l’accord du propriétaire de la toiture et établir un bail emphytéotique ou convention d’occupation pour sécuriser l’emplacement.
- 6. Lancer la collecte de fonds pour la première tranche — combiner apports citoyens, prêts bancaires locaux, crowdfunding et engagement d’entreprises locales.
- 7. Réaliser l’appel d’offres ou choisir un installateur — privilégier des installateurs locaux, vérifier la qualité des panneaux (par ex. panneaux de marques reconnues : Longi, JA Solar, Qcells) et onduleurs (SMA, Huawei, SolarEdge).
- 8. Exploitation et transparence — mise en place d’un suivi de production accessible aux sociétaires, gestion claire des flux financiers et répartition des revenus.
Structuration juridique : que choisir ?
Pour un projet citoyen, j’ai une préférence pour la SCIC ou la SAS citoyenne. La SCIC impose une gouvernance multi-acteurs et limite la rentabilité individuelle, ce qui est attractif pour des citoyens cherchant un impact local plutôt que le profit maximal. La SAS offre plus de flexibilité commerciale si vous prévoyez d’attirer des investisseurs plus classiques.
Important : soyez accompagnés par un juriste spécialisé pour rédiger les statuts et les conventions d'occupation. Il faut encadrer la cession des parts, la répartition des bénéfices et la durée du bail.
Financer la première tranche sans subventions : combiner ces leviers
Voici une recette que j'utilise souvent pour structurer le financement initial :
- Apports citoyens (equity) — via une campagne de collecte locale (souscription de parts sociales). Les plateformes de financement participatif spécialisées telles qu'Enerfip, Lendosphere ou Wiseed peuvent diffuser l'offre à un public plus large.
- Prêt bancaire local — démarcher une banque coopérative ou une Caisse d'Épargne régionale, souvent favorable aux projets territoriaux. Proposer un plan d’affaires sérieux et un engagement des citoyens comme preuve de solvabilité.
- Prêts participatifs et obligataires — émission d’obligations locales via une plateforme ou prêt participatif (crowdlending) pour compléter la dette bancaire.
- Apport d’entreprise(s) locale(s) — annonceurs, entreprises qui souhaitent compenser et communiquer sur une démarche RSE peuvent apporter des fonds via prise de parts ou contrat d’achat d’électricité.
- Pré-vente d’électricité (contrat PPA ou contrat local) — obtenir des engagements d’achat auprès de consommateurs locaux (écoles, centres sportifs) ce qui rassure les prêteurs.
- Garantie communale — parfois, la collectivité peut offrir une garantie limitée sur un prêt, ce qui réduit le coût de la dette sans être une subvention directe.
Exemple d’un plan de financement pour une tranche de 100 kWc
| Poste | Montant estimé |
| Coût matériel + installation | 120 000 € |
| Études, raccordement, assurances | 15 000 € |
| Fonds de roulement / imprévus | 10 000 € |
| Total | 145 000 € |
| Apport citoyen (equity) | 45 000 € |
| Prêt bancaire | 80 000 € |
| Prêt participatif / crowdfunding | 20 000 € |
Ce tableau est indicatif : l’essentiel est de viser un apport citoyen couvrant au moins 20–30% pour rassurer les banques et montrer l’adhésion locale.
Rédiger une offre attractive pour les citoyens
Une campagne de mobilisation doit être claire sur :
- le rendement attendu (ex. X % net sur Y années),
- les risques (panne, baisse de production, défaut),
- la durée de l’investissement et les modalités de sortie,
- les avantages non-financiers : impact local, sensibilisation, réduction d’émissions CO2.
Proposez plusieurs niveaux de souscription (petits montants accessibles, paliers “mécènes” pour entreprises). Offrez un tableau de suivi en ligne pour la production et l’impact carbone — transparence rime avec confiance.
Organisation opérationnelle et contractualisation
Installez un comité technique pour suivre la réalisation (choix panneaux, onduleurs, garanties panneaux 25 ans, onduleurs 10 ans). Négociez un contrat de maintenance avec l’installateur ou un tiers pour assurer la disponibilité. Pour la revente, deux options courantes :
- Vente totale à un fournisseur (option simple) ;
- Autoconsommation collective locale avec mise en place d’un système de répartition (plus complexe mais plus intéressant socialement).
Communication et implication locale
Organisez des réunions publiques, visites de sites pilotes et ateliers pédagogiques dans les écoles. Je conseille de créer des visuels clairs (infographies, vidéos courtes) expliquant où va l'argent et l’impact attendu. Cela aide à convertir le simple intérêt en engagements financiers.
Mesures de succès à suivre dès la mise en service
- Production réelle vs prévisionnelle (kWh)
- Taux d’utilisation (autoconsommation)
- Revenus et mise en paiement des sociétaires
- Nombre de participants et nouveaux adhérents pour la phase suivante
Si vous souhaitez, je peux vous aider à rédiger un modèle de statuts (SCIC/SAS), une fiche de présentation pour la campagne citoyenne, ou une estimation chiffrée adaptée à un toit précis de votre commune. Dites-moi la puissance envisagée et le type de toiture, on peut commencer la pré-étude ensemble.