Installer un onduleur hybride et une batterie dans un logement équipé d'un compteur Linky sans couper l'électricité : voilà une question que j'ai souvent rencontrée en conseil et sur laquelle je reviens ici avec des explications pratiques et responsabilisantes. J'ai accompagné plusieurs installations où l'objectif était d'éviter une coupure complète du logement pendant la mise en service — notamment pour des occupants sensibles (appareils médicaux, télétravail, entreprises). Je vous décris les options, les contraintes réglementaires et la démarche concrète, tout en rappelant les points de vigilance indispensables.

Comprendre les architectures possibles : AC-couplé vs DC-couplé

Avant toute chose, il faut distinguer deux approches techniques qui auront un impact direct sur la possibilité de ne pas couper l'alimentation générale :

  • AC-couplé : le kit batterie est connecté côté courant alternatif, après l'onduleur PV ou via un onduleur hybride qui gère à la fois PV et batterie. C'est la solution la plus simple pour une rénovation, et elle permet souvent d'alimenter l'habitation en mode secours via un transfer switch (commutateur de transfert) sans couper l'ensemble du tableau lors d'opérations ciblées.
  • DC-couplé : la batterie est connectée au courant continu côté panneaux (via un chargeur batterie spécifique). C'est très efficace mais plus intrusif et souvent plus complexe à intégrer sans intervention sur l'ensemble de l'installation PV — donc potentiellement plus de manipulations qui peuvent nécessiter une coupure.
  • Pour une installation sans coupure, je privilégie généralement une solution AC-couplée avec onduleur hybride doté d'un module de secours automatique, comme certains modèles de Victron, GoodWe, Huawei ou SolarEdge avec batterie compatible. Ces onduleurs intègrent un petit onduleur de secours et un commutateur qui bascule instantanément sur la batterie en cas de coupure du réseau, ce qui permet de créer un sous-tableau alimenté en permanence.

    Stratégie pratique : créer un sous-tableau de secours

    La façon la plus sûre et la plus propre, sans mettre le logement hors tension, consiste à installer un sous-tableau de circuits essentiels qui sera alimenté par la sortie secours de l'onduleur/hybride. Concrètement :

  • Je repère avec l'occupant les circuits prioritaires (chauffe-eau ? réfrigérateur ? prises du bureau ? pompe ?).
  • Je fais installer un commutateur automatique de transfert (ATS) ou un switch de transfert intégré à l'onduleur. Ce dispositif isole la partie secours du reste du tableau et évite les retours vers le réseau (anti-backfeed).
  • Je dérive ces circuits vers un petit tableau secondaire équipé de disjoncteurs dédiés. Ce sous-tableau peut rester alimenté en continu par la batterie lors d'opérations sur le tableau principal.
  • Avec cette configuration, les travaux sur le tableau principal (ajout de l'onduleur, câblages, protection contre les surtensions) peuvent souvent se faire sans interrompre l'alimentation des circuits essentiels. Attention : cela ne signifie pas que l'on travaille sous tension librement. L'installateur doit toujours se conformer aux règles de sécurité et, selon les opérations, procéder à des isolements locaux et des consignations partielles.

    Étapes concrètes d'installation (ordre recommandé)

  • 1. Évaluation et dimensionnement : je commence par un audit de consommation et de puissance du foyer. Quel est le pic consommé, quelles charges doivent être maintenues ? Quelle capacité de batterie est pertinente ?
  • 2. Choix du matériel : j'opte pour un onduleur hybride avec mode secours intégré (ex. GoodWe EM, Victron MultiPlus-II, Huawei SUN2000 L1) et une batterie compatible (Lithium : Tesla Powerwall, BYD, Huawei LUNA, Pylontech selon budget et disponibilité).
  • 3. Notification au gestionnaire réseau : pour toute installation photovoltaïque, il faut déclarer le projet à Enedis et éventuellement au fournisseur d'énergie. Si vous activez l'injection réseau ou la réduction d'injection, il est important de suivre la procédure.
  • 4. Installation du sous-tableau : création et câblage des circuits prioritaires vers ce sous-tableau, pose du commutateur de transfert/ATS.
  • 5. Raccordement de l'onduleur et de la batterie : l'onduleur est raccordé au tableau principal et au sous-tableau secours. La batterie est connectée conformément aux schémas du fabricant. Les protections (disjoncteur DC, coupe-circuit, parafoudre) sont installées.
  • 6. Mise en service et paramétrage : configuration des modes de charge/décharge, seuils de basculement, gestion de l'autoconsommation et de l'injection si nécessaire.
  • Linky, injection et modes particuliers

    Le compteur Linky ne bloque pas l'installation d'une batterie, mais il impose quelques points à connaître :

  • Linky enregistre la consommation et l'injection. Si vous installez un système qui peut injecter sur le réseau, il faudra réaliser une déclaration et, si nécessaire, un contrat d'achat ou d'auto-consommation avec Enedis/GRDF selon le cas.
  • Pour limiter l'injection (si vous ne voulez pas vendre de l'électricité), certains onduleurs proposent une fonction “limitateur d’injection” qui ajuste la production PV en temps réel. D'autres solutions passent par une sonde de courant sur le câble reliant le tableau au compteur.
  • Le Linky permet également des télérelevés utiles pour monitorer la production et la consommation — certains intégrateurs activent cette communication pour piloter la batterie.
  • Sécurité, normes et obligations

    Je ne le répéterai jamais assez : vous ne touchez pas au réseau sous tension sans qualification. Les interventions électriques doivent respecter la norme NFC 15-100 et les règles Enedis pour le raccordement. Points essentiels :

  • Travail réalisé par un électricien qualifié RGE si vous souhaitez bénéficier des aides financières (MaPrimeRénov', aides locales).
  • Respect des protections (disjoncteurs différentiel 30 mA, sectionneur DC si applicable, parafoudre).
  • Vérification anti-islanding et respect des standards élevés de l’onduleur pour éviter tout retour dangereux sur le réseau.
  • Cas particulier : pas de coupure du tout — est-ce possible ?

    Oui, dans la plupart des cas, on peut éviter une coupure générale en procédant comme décrit (sous-tableau + ATS). Cependant, certaines opérations (par exemple, modification du sectionnement principal, intervention sur la barrette neutre du tableau principal, remplacement du disjoncteur principal) demanderont une coupure totale pour des raisons de sécurité. Un installateur sérieux planifiera ces étapes, informera les occupants et cherchera à minimiser la durée d'interruption.

    Mes recommandations pratiques

  • Privilégiez un onduleur hybride avec mode secours automatique si l'absence de coupure est une contrainte.
  • Créez un sous-tableau pour les circuits essentiels plutôt que de tenter de travailler “en vivant” sur l'ensemble du tableau.
  • Faites intervenir un professionnel RGE et assurez-vous de la conformité ENEDIS/Consuel selon le type d'installation.
  • Pensez à la supervision : les marques comme SolarEdge, Victron, GoodWe proposent des portails de monitoring — utiles pour piloter l'usage de la batterie et limiter l'injection si besoin.
  • Demandez un planning détaillé des interventions et des éventuelles coupures. Même si on vise “sans coupure”, il faut anticiper et informer les occupants.
  • Si vous le souhaitez, je peux regarder votre configuration électrique (puissance souscrite, schéma du tableau, nombre de circuits prioritaires) pour vous proposer une solution sur mesure et chiffrée. Dans tous les cas, la sécurité et la conformité restent prioritaires : ne sacrifiez jamais ces aspects pour éviter une coupure de quelques minutes.